Fanny Darbois (promo 3) “Sans transition alimentaire, pas de transition écologique”
Publié le 12 October 2022

A l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation (16 octobre), Fanny Darbois, Sister de la promo 3, donne son point de vue sur les problématiques alimentaires. Cette experte en alimentation durable explique que l’alimentation doit être interrogée pour accélérer la transition écologique. Entretien.

Quel lien peut-on établir entre “alimentation” et “transition écologique” ? 

Depuis plusieurs décennies nous assistons à une industrialisation et à une mondialisation de notre alimentation. Certes, cela a eu un impact positif sur le prix et sur la sécurité sanitaire des aliments. Cependant, cela a généré de nombreuses externalités négatives tant sur le plan économique, social qu’environnemental. Alors que nous produisons suffisamment d’aliments pour nourrir la planète, 30% de la population mondiale est en situation d’insécurité alimentaire. La France n’est pas isolée, puisque l’aide alimentaire a été multipliée par 2 en 10 ans. L’obésité concerne dans notre pays 17% de notre population, soit trois fois plus qu’il y a 30 ans. A l’échelle mondiale, le secteur agricole et alimentaire est responsable d’¼ des GES, par exemple avec le transport des aliments sur des chaînes mondialisées, ou l’utilisation d’énergie fossile pour produire (pesticides). En France, notre régime alimentaire particulièrement carné est très demandeur de terre – il nécessite 4000m2 par habitant de terre alors qu’un régime végétal nécessiterait 1700m2. Pour ces raisons, la transition alimentaire est indispensable pour accélérer la transition écologique. Sans transition alimentaire, il n’y a pas de transition écologique !

Comment assurer cette transition alimentaire ?

Tout d’abord en réinterrogeant la manière dont on s’est organisé pour produire et consommer.  Cela passe d’abord par les territoires. En produisant plus localement et en consommant différemment, on peut contribuer à diminuer l’impact sur la planète. Aujourd’hui, on parle beaucoup de circuit court, de bio, de moins manger de viande. La relocalisation de l’alimentation est à l’agenda des collectivités, des cantines, des entreprises, des citoyen·nes. L’alimentation est une question politique, un levier de développement pour les communes, et une opportunité pour recréer du lien social : en incitant  le développement  de circuits courts, on recrée du lien entre  producteur·rices et consommateur·rices / citoyen·nes. Mais l’échelle locale ne suffit pas : il faut également interroger les politiques au niveau français, européen et international. Par exemple, la politique agricole commune doit d’abord soutenir une agriculture nourricière, et qui contribue à la préservation des écosystèmes.

Cela impliqué d’interroger l’aménagement des territoires. On parle de processus relativement long….

En effet, il y a une urgence à agir pour la transition écologique et en même temps la prise de conscience et le changement de pratiques sont des processus relativement longs. Les élus doivent prendre conscience que l’alimentation est à la fois un levier de développement économique, de bien être, de préservation de l’environnement, d’éducation. L’alimentation est une opportunité  de réinterroger plusieurs secteurs de la transition écologique : l’économie, l’emploi, l’éducation, la santé, la mobilité, l’environnement… 

 

Enquête de perception

Comment les citoyen·nes peuvent agir de leur côté ?

D’abord à travers une consommation plus responsable. Comment réduire ma consommation de viande ? Comment acheter différemment, plus bio, plus local, moins transformé ? Comment réduire mon empreinte sur le dernier kilomètre en faisant mes achats différemment? En tant que citoyen·ne on peut également interpeller ses élu·es, agir dans sa cantine, monter une Amap ou un panier solidaire. Il s’agit d’amener les citoyen·nes à se réapproprier leur consommation, y compris pour les personnes en situation de précarité. C’est ce qu’on appelle la démocratie alimentaire, théorisée notamment par Dominique Paturel ou François Collard Dutilleul. Avec les plus jeunes, l’éducation au goût, l’émerveillement et les sensations de ce que l’on mange est un formidable levier de sensibilisation. Pour les plus grands, il s’agit d’amener d’autres questionnements afin de comprendre la complexité des enjeux alimentaires et l’impact de l’alimentation, par exemple les interdépendances de notre système alimentaire : la culture de soja produite en Amérique du Sud, à l’origine de la déforestation de l’Amazonie, qui alimente le bétail en Europe pour notre consommation carnée.

Personnellement pourquoi cet engagement pour une alimentation durable te touche ? 

J’ai pris conscience assez tôt de certains paradoxes. Par exemple que dans le monde les premières victimes de la faim étaient des paysans. Cela montre la dépossession de leur outil de travail dans un système mondialisé. J’ai eu l’occasion de travailler en Amérique du Sud, en Equateur dans le domaine du commerce équitable. Ensuite j’ai collaboré avec la FAO où j’ai pu réaliser des comparaisons des systèmes agricoles conventionnels et en agroécologie, ou sur la politique de souveraineté alimentaire. Je me suis intéressée également à des écosystèmes très spécifiques comme les Mangroves et leurs importances sur la préservation de la biodiversité, la désalinisation des terres agricoles, la protection contre les catastrophes naturelles. Or 70% des mangroves ont disparu, à cause notamment de la culture de la crevettes, générant un déplacement important de populations qui dépendaient de cet écosystème pour vivre. Ces expériences m’ont rapidement montré les effets néfastes de la mondialisation de notre alimentation. A mon retour en France, j’ai souhaité m’impliquer pour changer notre alimentation dans mon pays.

C’est justement le but de l’entreprise que tu portes au sein d’Earthship Sisters ? 

Oui, cela fait quinze ans que je travaille sur cette thématique. On peut dire que je suis experte en alimentation durable. J’ai créé mon entreprise FDC Conseil (SAS) et suis devenue sociétaire du bureau d’études SCIC TERO qui regroupe des indépendants engagées en France et dans le monde en faveur d’une agriculture et d’une alimentation durables.

J’accompagne des collectivités, des acteur·rices de l’Économie sociale et solidaire, des associations et des instituts de recherche. Par exemple, j’ai accompagné la création d’un tiers lieu nourricier avec des habitants et la commune de Marseillan dans l’Hérault, la politique alimentaire sur le bassin de Thau avec une problématique terre et mer centrée sur la conchyliculture et la pêche. Mes activités vont des diagnostics alimentaires, à la conception de plans d’actions en passant par la mesure d’impact. J’organise également des événements professionnels comme les Assises de l’alimentation durable.

Le Linkedin de Fanny Darbois 

Crédit photo : Emma Martin-Laval

 

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